
Même si l’on n’a pas attendu l’ère du tout numérique ni de crise sanitaire pour commencer à enseigner et former à partir de supports multimédias, le contexte actuel a fait basculer l’ensemble de la communauté éducative sur le mode distanciel, ce qui, par conséquent a engendré un recours important et sans précédent à l’usage et la création de documents numériques.
Si certains se contentent d’intégrer des supports existants à leurs cours, d’autres au contraire peuvent se laisser tenter par les technologies et procéder à la conception de leurs propres documents pédagogiques. Toutefois, malgré les bonnes intentions et une parfaite manipulation des outils, le risque qui existe est qu’au lieu d’optimiser l’apprentissage chez leurs apprenants, certains documents, peu pensés en termes d’ergonomie, ne prennent pas suffisamment en compte les fondements de l’apprentissage en contexte multimédia et enfreignent ou compliquent le processus de l’apprentissage.
C’est donc dans une approche cognitive et ergonomique que cet article se propose d’aborder la conception de documents multimédia.
« L’usage d’éléments multimédias ne se justifie pas en termes de quantité ou de prouesse technologique liée à leur mise en œuvre; l’image et le son doivent bien plus être au service de l’apprentissage et contribuer à le rendre plus efficace. « (B. De Lièvre, C. Depover, J.J. Quintin, A. Strebelle)
Le travail de tout concepteur, pédagogue consistera à prendre en compte le fonctionnement du traitement de l’information afin de concevoir des documents pédagogiques multimédia qui soutiennent l’apprentissage et facilitent ainsi le traitement des nouvelles informations. Pour cela, ils devront également s’appuyer sur le contexte particulier de l’environnement médiatisé et les spécificités sous-jacentes.
Mais avant de poursuivre en ce sens, et pour définir le périmètre de cet article relatif à la conception d’un document pédagogique, il conviendra de définir tout d’abord ce qu’on entend par le terme de document et ce à quoi notre article renvoie. Tout d’abord, la définition que nous retenons du terme de document ici est celle d’André Tricot qui en définit 6 aspects portant sur des codes, des discours, une structure, un support, un accès ainsi qu’un canal.

Le document numérique comporte donc de manière simultanée plusieurs caractéristiques citées sur le schéma précédent avec comme support exclusif la composante électronique.
Ainsi, A. Tricot distingue quatre types de documents numériques répartis de la sorte : les documents multimédias, les hypertextes, les hyperliens, les plateformes de formation à distance. Il sera question ici dans cet article de document multimédia. Mais au fait, qu’est-ce donc un document numérique?
Dans Apprentissages et documents numériques d’André Tricot, l’auteur identifie la qualité d’un document numérique selon cinq aspects:
Apprendre via un environnement médiatisé suppose l’insertion des éléments précités mais il ne suffit pas de combiner sons, images et textes pour faire apprendre. En effet, il convient de les présenter à bon escient. Comme le rappellent certains auteurs (De Lièvre, Depover, Quintin, Strebelle) dans un article, c’est « C’est l’usage qui est fait d’une technologie dans une situation donnée qui détermine les qualités de cette dernière dans un contexte de formation. « . Les auteurs ont également mis en exergue des bénéfices liés à l’intégration d’éléments multimédia dans le processus d’apprentissage. Ainsi, l’intégration d’éléments visuels qu’ils soient statiques ou dynamiques doit être pertinente au regard de l’objectif visé. Les auteurs parlent de deux fonctions de l’image: soit elle représente un objet d’analyse indispensable, soit elle sert de soutien à l’apprentissage (plus à visée illustrative).
De même, l’intégration d’éléments sonores répond à diverses fonctions comme renforcer le réalisme, transmettre des consignes (consigne pédagogique ou consigne fonctionnelle). Dans cette deuxième fonction, le bénéfice porte sur la simplification de l’interface visuelle, augmenter l’ergonomie ou encore transmission directe de la nature d’une information.
La question qu’il convient de se poser en tant qu’enseignant-concepteur est la suivante: un document pour quoi faire?
Outre les différentes théories de l’apprentissage qui conçoivent l’apprentissage comme une résultante d’un changement de comportement chez le sujet apprenant, deux théories viennent étayer et rendre explicite l’apprentissage multimédia : la théorie de la charge cognitive et la théorie cognitive de l’apprentissage en contexte multimédia.